madame Maria Luisa Yanez et son mari
choisirent de quitter la Galice
afin d'être libres de penser
ce qu'ils voulaient
ils s'établirent en France
près de l'océan
lui travailla dans une fabrique
de lambris en pin traité
succomba d'un cancer peu de temps
après avoir pris sa retraite
elle se coiffe d'une casquette
claire lorsqu'elle sort
en milieu d'après-midi
va promener son caniche
à travers la ville peuplée de vieilles gens
c'est dans les allées de l'ancien cimetière
que je l'ai croisée cette fois
après m'être recueilli devant
la tombe de mon cousin Vlam
tandis que son bras décrivait
un arc du nord au sud
madame Yanez m'a dit
regardez-moi ça
la tempête a tout fichu par terre
même le monument aux soldats morts
pour la patrie est tombé
quelle misère
j'ai regardé les pierres descellées
puis le caniche couché
aux yeux blancs opaques
je me suis souvenu de la solitude
que j'éprouvais dans cette ville
lorsque j'avais vingt ans
des heures passées à
attendre une fille






